Début décembre, le jeune Lillois Henri Saniez (23 ans) a remporté le championnat de France 5ème série, un résultat étonnant pour un joueur qui n’avait jamais disputé la moindre compétition avant cette saison. Mais peut-être pas tant que ça, car le squash est une institution dans sa famille. Portrait…

Un esprit rebelle

« Dans un reportage récemment diffusé sur France 3, il y a une vidéo d’archives dans laquelle on me voit à l’âge de 7 ou 8 mois, raquette en main », répond Henri Saniez lorsqu’on lui demande à quel âge il a tapé ses premières balles. Il faut dire que le squash est une institution dans sa famille : à eux deux, ses parents Pascal et Marie-Hélène cumulent 13 titres de champions de France vétérans, et cette dernière a même fait partie du top 10 français au début des années 90. « Je n’ai jamais eu de licence, et même si j’ai toujours un peu joué ça ne dépassait pas une séance hebdomadaire », nuance néanmoins leur progéniture.

Marie-Hélène Degrave (ex-Saniez) a remporté de multiples titres de championne de France vétérans, le dernier en date à Bordeaux en 2019 (Ph. FFSquash)

« C’est mon esprit rebelle, je ne voulais pas faire comme mes parents (rires). J’ai joué au foot pendant 10 ans, et au badminton – discipline dans laquelle j’ai joué à un bon niveau mais que j’ai dû mettre entre parenthèses en raisons de douleurs au genou. Je cherchais un autre sport de raquette qui me permettrait de me dépenser, et je me suis tourné vers le squash. Bien entendu, mes qualités de badiste m’ont aidé, j’aime prendre la balle en smash à la volée, dès que j’ai l’occasion j’envoie un pétard au ras du tin (sic). J’ai tout de suite pris du plaisir, même si dans un premier temps j’ai souvent joué tout seul sur un court qui n’était pas en très bon état, pendant mes études à Beauvais. »

Une envie débordante

Depuis la réouverture des établissements sportifs début juin, Henri Saniez s’est lancé à fond dans l’aventure squash. « Je joue entre 5 et 6 fois par semaine, » avoue-t-il. « Je fais partie des entraînements collectifs du WAM animés par Jean-François Niciejewski, et je tape également la balle avec tous ceux qui ont envie de jouer avec moi … Je vais aussi sur le court avec des joueurs de bon niveau : Arthur et Romain Bastian, Robin Chantry, le fils de JF, Louis, Julien Suppa, Sylvain Feucherolles… » Henri défend également les couleurs du Wam-Lil en championnat régional (2ème division), aux côtés de son père Pascal. Lorsqu’on lui demande lequel des deux a le dessus à l’entraînement, il éclate de rire. « Il a du mal à l’admettre, mais c’est plutôt moi désormais. Même s’il est nettement au-dessus en termes de technique et d’expérience, le physique me permet de faire la différence. »

Un premier titre national

« JF m’avait conseillé de commencer par le 5ème série, et que ce serait une première opportunité de devenir champion de France comme mes parents (rires). Je leur ai évidemment parlé après ma victoire, et on s’est dits que finalement la génétique ça devait exister … J’étais confiant avant le tournoi, néanmoins je savais que je pourrais potentiellement croiser de jeunes joueurs avec des profils similaires au mien, et encore meilleurs. Je n’ai pas perdu un jeu durant le weekend, certains ont été serrés mais jamais deux dans le même match : je pense que ma solidité m’a aidé à concrétiser. Même si c’était seulement mon deuxième tournoi de squash, je suis habitué aux compétitions grâce au badminton. La seule chose qui a été dure à gérer, c’est l’attente entre les matches. »

Henri Saniez a survolé le championnat de France 5e série début décembre à Paris. (Ph. Squash Coutançais)

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« Pour me confronter à des joueurs plus forts que moi, je participe aux boxes du WAM, ainsi qu’aux tournois internes. Le juge-arbitre du championnat de France 5ème série m’a intégré 3C le lendemain de ma victoire : d’un côté, ça veut dire que je ne pourrai pas participer aux compétitions 4ème série, de l’autre ça me permettra d’avoir un meilleur tableau dans les prochains tournois. Par exemple, le championnat de ligue 2ème série en janvier, auquel la quasi-totalité des gars du WAM vont participer. Ça va être dur, mais j’ai envie de me mesurer à des joueurs de ce niveau. J’ai encore plein de choses à travailler et des automatismes du badminton à changer, par exemple sur les amorties j’arrive encore face au mur frontal plutôt que latéral. Une chose est sûre, je suis archi-motivé, et quand j’en ai la possibilité j’essaie de sortir plus tôt du travail pour aller jouer avec les jeunes du club. »

Toujours invaincu

Même s’il faut la relativiser car Henri Saniez n’a pour l’instant affronté des adversaires classés 4D ou en-dessous, cette statistique n’en reste pas moins étonnante : depuis qu’il a débuté la compétition début octobre, le Lillois a remporté 12 matches sur 12, et concédé seulement un jeu… « Je vais essayer de faire durer cette série le plus longtemps possible, notamment lors de la journée Interclubs de samedi, mais en réalité je n’y accorde pas plus d’importance que ça », confie-t-il. « Mon objectif est surtout de progresser afin de me rapprocher d’un niveau 2D/3A. D’autre part, la défaite je la vis régulièrement à l’entraînement, notamment contre les frères Bastian. Contre Arthur, ça arrive souvent que je perde des jeux 11-1 ou 11-2… »

L’oeil du coach

Gérant du WAM et maintenant du LIL, Jean-François Niciejewski est également un formateur réputé. Nous lui avons demandé son avis sur Henri Saniez, qu’il a pris sous son aile depuis quelques mois.

« Je connais Henri depuis qu’il est tout petit. Son père et sa mère sont des passionnés, et des personnages importants du squash français. Quand on est jeune, on n’a pas forcément envie de faire comme ses parents, et c’est une position que je comprends à titre personnel car mon fils s’est mis au squash relativement tard. Henri a fait d’autres sports de raquette, surtout du badminton, et plus récemment du padel au WAM. Quand je le croisais, je lui disais de venir essayer, notamment le mardi lors de l’entraînement réservé aux compétiteurs. Il a évidemment des qualités naturelles, sans oublier que même sans jouer il a vu beaucoup de squash depuis qu’il est enfant.

Henri Saniez (à droite), à côté de son entraîneur au WAM, Jean-François Niciejewski.

Depuis qu’il s’y est mis sérieusement, il passe énormément de temps sur les courts. Comme en plus c’est quelqu’un de très à l’écoute, il a sans doute autant progressé en quatre mois que certains ne l’auraient fait en 10 ans. Un participant au championnat de France 5ème série m’a envoyé un message pour me dire que la présence d’un joueur du niveau d’Henri sur cette compétition était inadmissible. Je lui ai répondu qu’il ne fallait pas voir les choses comme ça, et que sa progression était exceptionnelle … Il a une énorme envie, et veut battre tout le monde (rires). Mon rôle, c’est de ne pas le freiner, tout en lui disant qu’il ne faut pas brûler ses étapes. Ça peut sembler paradoxal mais même s’il va continuer à progresser très vite, il faut aussi savoir prendre son temps. Il a une énorme marge de progression dans plusieurs secteurs : le jeu à l’arrière du court, les déplacements, la longueur de balle etc. C’est amusant qu’il n’ait perdu qu’un seul jeu depuis ses débuts en compétition, et je l’ai évidemment félicité pour son titre de champion de France. Maintenant, il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de joueurs au-dessus de lui. »